Le Temple de l’amour.

 

Il lui tient la main, lui caresse doucement le bras,

Il la regarde avec une infinie tendresse.

Ensemble, ils écoutent la mélodie lâchée sur les cordes de la guitare.
 

Ils sont tellement beaux tous les deux et il y a tant d’amour ici dans cette chambre d’hôpital.
Cet espace n’est pas clos ou enfermant, non, ce lieu est comme l’espace d’une tente élargie, grandie et embellie par tous ces liens d’affection forts, une évidence contre laquelle  rien ni personne ne pourra rien faire.

Il la regarde, elle lui sourit, elle souffre aussi. C’est un mauvais jour pour elle. Ils savent que les jours de cette vie ensemble sont comptés, il me l’annonce sans détour.
 

Je n’ai pas grand’chose à dire, je les admire : ils ont en eux et entre eux quelque chose d’unique qui ne leur appartient qu’à eux seuls. C’est un peu comme un trésor inviolable dont eux seuls  posséderaient la clé.  

Et même si des jours sombres et tristes marqués par la séparation s’annoncent, ils me laissent à moi un message magnifique et authentique sur l’amour. Rien de pathétique  dans tout ça. Ils inspirent seulement, mais avec  une force inouïe,  le respect, la foi dans l’amour qui dure même après les adieux.
 

Cette beauté, leur beauté, me dépasse et va bien au-delà du rationnel, de l’explicable, du raisonnable. Cette beauté va droit au cœur et m’a touchée jusqu’à en pleurer une fois sortie de ce lieu, un peu comme un temple dressé  tout en hauteur et surtout en l’honneur de leur amour.  P.G

     

 

As-tu déjà ? …

 

 

As-tu déjà laissé couler tes larmes, mêlées  à celle d’un autre : un frère, une sœur, un parent, un enfant, un ami ou un étranger ?   C’est un peu comme l’histoire des Indiens, se taillant une veine pour que le sang se mélange à celui de l’autre qui devient alors son frère.

As-tu déjà ouvert tout grand tes bras pour accueillir et étreindre sans réserve ni fausse pudeur ? Éclats de vie, de communion, d’amour qui viennent fêter des retrouvailles, exultent la joie de vivre ou embrassent la peine de l’autre pour le soutenir, le consoler.

As-tu déjà posé ta main doucement sur l’autre pour l’apaiser et lui dire simplement : « Je suis là, tu n’es pas seul. » ?

 

As-tu déjà caressé ce visage dans lequel on peut deviner les claques de la souffrance, claques de l’annonce proche de la fin, claques que la vie nous envoie et que l’on n’avait pas prévues, qui nous fragilisent et nous rendent aussi plus forts parfois, claques finalement qui peuvent nous apprendre aussi à pardonner et à lâcher prise.

As-tu déjà usé tes baskets pour  des ballades avec celui ou celle qui a besoin de te parler, de t’ouvrir son cœur pour oser dire ses peurs ?

As-tu déjà posé tes mains  sur ses épaules fatiguées ou en colère, et puis planté ton regard dans ses yeux avec bienveillance pour lui dire :

« Oui, malgré toutes ces claques, la vie vaut la peine d’être vécu ! »

« Oui, tu as une très grande valeur,  ta vie est précieuse et tu comptes beaucoup pour moi, pour nous. »

« Oui, tu peux t’en sortir, et si tu le veux, je peux t’aider » 

 

Alors, si ces choses un peu singulières t’arrivent, c’est que tu vis là un moment unique, extraordinaire, rempli de toutes les lumières que sont capables d’allumer les hommes et les femmes que nous sommes. Ne te prives surtout pas, ne prives surtout pas les autres de cette lumière, petite flamme d’espérance et d’amour qui brille avec ténacité en chacun de nous.  P.G


L'homme qui galope dans sa tête....

" Avenue des Champs-Elysées : des coureurs handicapés s'élancent. Certains à la force des bras en faisant rouler un fauteuil, ils n'ont plus de jambes. D'autres à la force des jambes et du cœur, ils n'ont plus d'yeux. Une heure et 45 minutes + tard, le premier sportif handicapé franchit la ligne d'arrivée. Il a couru à la force de ses bras 42 Km. Ovation. Émotion. Leçon pour tous. Modèle de celui qui, dans des limites, a su transcender ses limites. Et par là même, justification de l'optimisme. Quand on vous coupe les jambes à la suite d'un accident, il y a de quoi, comme on dit, "avoir les jambes coupées", en transformant un lourd handicap physique en effondrement moral. Singulièrement, c'est ce qui n'a pas eu lieu. Le vainqueur du marathon des handicapés à Paris a "galopé" dans sa tête. Perdant ses jambes physiques, il n'a pas perdu ses jambes morales. Il les a plutôt découvertes, voire créées. Il s'est fait "une belle jambe" à la force des bras !
 

Nous avons deux corps. Un corps visible. Un corps invisible. Le langage le sait bien, l'optimisme n'est pas une simple projection positive et confiante face à l'avenir. Ce n'est pas une forme de méthode Coué afin que les choses marchent. Ce n'est pas une ruse sous la forme d'une prophétie auto-réalisatrice. C'est une connaissance. Mieux, une sagesse...

La vie est riche, plus qu'on ne le pense. Elle ne laisse jamais tomber personne. Ainsi, vivant sur deux plans, horizontal et vertical, quand tout semble épuisé, il y a souvent encore des possibles que nous ignorons. La preuve : les progrès que nous réalisons. Ce qui était jugé impossible hier devient possible aujourd'hui. Ce qui relève non seulement d'une foi, mais d'une sagesse des possibles inexplorés.... Nous ne sommes pas les meilleurs et nul ne peut savoir si tout va vers le meilleur. Mais nous pouvons dire que rien n'est définitivement fermé dans l'existence et ouvrir ainsi le champ du possible. Ce qui peut se traduire par quelque chose comme : "vas-y", plus connu sous la formule : Just do it !"

 

Bertand Vergely "Petite philosophie pour vaincre les jours tristes"

 

A télécharger en PDF : Aumôniers, accompagner et soigner les âmes à l'hôpital

Argumentaire sur la musique à l'hôpital.